La Grande Librairie du 09/02/2017: sous le haut patronage de l'Histoire

Publié le par Thomas ROGER DEVISMES

En exclusivité dans La Grande Librairie :
l’enquête littéraire et historique sur le plus maudit de nos écrivains maudits,
Louis Ferdinand Céline.
Céline, la race, le Juif, signé Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff
vient de paraître aux éditions Fayard
et ne manquera pas de soulever la polémique.

Mais également, face à face,
deux géants de notre roman national : Napoléon et De Gaulle.
L’historien Patrice Gueniffey, qui les a rassemblé dans un livre,
sera présent sur le plateau.

Enfin, comment écrire sur la Shoah aujourd’hui ?
Les réponses de deux romanciers :
Geneviève Brisac avec Vie de ma voisine (Grasset)
et Christophe Boltanski dont le roman La cache,
prix Femina 2015,
vient de paraître en poche (Folio).

La Grande Librairie du 09/02/2017

« Napoléon et de Gaulle », 
Patrice GUENIFFEY 
(Perrin)

Les deux figures de proue de l'histoire de France au prisme du meilleur historien français actuel.

Héros préférés des Français,
Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle
incarnent la figure du sauveur.

Si beaucoup les sépare,
à commencer par le siècle où ils vécurent,
ils ont en commun d'avoir élevé notre patrie au-dessus d'elle-même,
dans une quête de la grandeur nourrie d'une certaine idée
de sa mission et de sa vocation à éclairer le monde.
Dans cet essai historique puissant,
porté par une plume rare,
Patrice Gueniffey croise leur existence
et interroge leur destin,
ouvrant des pistes fécondes sur leur personnalité et leur œuvre.

A travers les métamorphoses de leurs Mémoires,
l'auteur ausculte enfin la France,
celle d'hier et surtout d'aujourd'hui,
hantée comme jamais par son histoire
dans l'espoir de répondre à ses doutes
et exorciser son malheur.

Un livre magistral et qui fera date.

« Napoléon et de Gaulle », Patrice GUENIFFEY, Perrin

« Céline, la race, le Juif », 
Annick DURAFFOUR, 
Pierre-André TAGUIEFF 
(Fayard)

On croit connaître Céline.
On connaît les bribes d’une légende
pieusement transmise qui se défait pour se recomposer,
ainsi que les portraits arrangés au fil
des biographies publiées.

La recherche de la vérité plutôt que les ruses
de la disculpation conduit à ce portrait sans complaisance,
qui examine les moments cruciaux d’un itinéraire
qu’on ne peut réduire à une carrière littéraire,
sous peine de ne plus comprendre vraiment l’écrivain.
Car celui-ci a cherché à agir sur son époque.

En 1937, ennemi du Front populaire et partisan
d’une « alliance avec Hitler »,
Céline choisit de devenir un écrivain antijuif.

Il s’engouffre opportunément dans la vague antisémite,
bataillant sans relâche contre le « péril rouge » et le « péril juif ».

Pour confectionner ses pamphlets, il puise
dans la propagande nazie diffusée par diverses officines,
dont le Welt-Dienst.

Il met en musique les idées et les slogans.

Pendant l’Occupation,
il fait figure de nouveau « prophète »,
de « pape de l’antisémitisme ».
Cette vérité historique heurte frontalement
la légende de l’écrivain, celle de l’« écriture seule ».
Le cas de Céline est-il comparable
à celui des autres intellectuels du collaborationnisme ?
Jusqu’à quel point adhère-t-il à la vision hitlérienne ?
Jusqu’où est-il allé ?
Que savait-il vraiment sous l’Occupation ?
Que peut-on reprocher à Céline,
des mots seulement, ou aussi des actes ?
Avec Céline, c’est tout un imaginaire raciste,
antisémite et complotiste qui se livre à l’observation.

Se montre ici le fonctionnement d’un esprit raidi
dans un réseau de préjugés
et de convictions inébranlables,
qui force à poser autrement
la question du scandale-Céline:
comment cet homme a-t-il pu écrire Voyage au bout de la nuit ?

Ce livre est une somme, le livre de référence
que l’on attendait sur le cas Céline.
Il croise la lecture des textes avec
l’histoire intellectuelle et politique.
Une étude critique,
rompant avec les habituelles approches,
plus ou moins apologétiques.
L’érudition y est mise au service de la volonté
de clarifier et de comprendre.
Pour une vision « décapée » de l’écrivain engagé,
par-delà les clichés.

« Céline, la race, le Juif », Annick DURAFFOUR, Pierre-André TAGUIEFF, Fayard

« La cache », 
Christophe BOLTANSKI 
(folio)

«J’évolue à travers la Rue-de-Grenelle
comme sur un plateau de Cluedo.

À chaque tour, je découvre une nouvelle pièce.

En guise d’indice, je dispose à ce stade d’une clé,
d’un frigo à moitié vide, d’un samovar
et d’une sonnette.

Je ne suis pas en présence d’un meurtre,
mais d’une disparition.»

Que se passe-t-il quand un homme
qui se pensait bien français doit se cacher des siens,
chez lui, en plein Paris,
dans un «entre-deux», comme un clandestin?
Quel est l’héritage de la peur, mais aussi de l’excentricité,
du talent et de la liberté bohème?

« La cache », Christophe BOLTANSKI, Folio

« Vie de ma voisine », 
Geneviève BRISAC 
(Grasset)

Ça commence comme une nouvelle d’Alice Munro :
lors de son déménagement,
une romancière est abordée par
sa voisine du dessus qui l’a reconnue,
et l’invite chez elle pour parler de Charlotte Delbo.

Ça continue comme un récit d’Isaac Babel.
Car les parents de Jenny,
la voisine née en 1925,
étaient des Juifs polonais membres du Bund,
immigrés en France un an avant sa naissance.

Mais c’est un livre de Geneviève Brisac,
un « roman vrai » en forme de traversée du siècle:
la vie à Paris dans les années 1930,
la Révolution trahie à Moscou,
l’Occupation – Jenny et son frère livrés à eux-mêmes
après la rafle du Vel' d’Hiv,
la déportation des parents,
la peur,
la faim,
les humiliations,
et l’histoire d’une merveilleuse amitié.

Le roman d’apprentissage d’une jeune institutrice
douée d’une indomptable vitalité,
que ni les deuils ni les tragédies ne parviendront à affaiblir.

Ça se termine à Moscou en 1992,
dans la salle du tribunal où Staline fit condamner à mort
les chefs de la révolution d’Octobre,
par la rencontre improbable mais réelle
entre des « zeks » rescapés du Goulag
et une délégation de survivants des camps nazis.

À l’écoute de Jenny, Geneviève Brisac
rend justice aux héros de notre temps,
à celles et ceux qui, dans l’ombre,
ont su garder vivant le goût de la fraternité et de l’utopie.

« Vie de ma voisine », Geneviève BRISAC, Grasset

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