Conférences de Monsieur Alain-André MORELLO sur le thème de la vieillesse, lycée Jean Aicard, classe préparatoire « Sciences Po »

Publié le par Thomas ROGER DEVISMES

Bibliophiles,

Bonjour. :)

Ayant participé à la classe préparatoire « Sciences Po » du lycée Jean Aicard, à Hyères, entre septembre 2009 et juin 2010, j'ai eu la chance d'assister aux conférences de Monsieur Alain-André MORELLO (Mcf).

Celles-ci portent sur la vieillesse, s'appuyant sur des citations de Simone de
BEAUVOIR
, Jean-Paul SARTRE et Marguerite YOURCENAR, notamment.

LA VIEILLESSE

« Le troisième âge, la nouvelle vague » : courrier de l'UNESCO.

La vieillesse n'est pas une réalité empirique mais est construite dans l'ordre des représentations.
Définition:

la vieillesse s'oppose à la jeunesse

(opposition binaire relevant de l'imaginaire)

La vieillesse se présente sous la forme du vieillir.
Découpage de la vie en âges (troisième âge). Homère découpait déjà la société en âges.

 

L'enfance et l'adolescence déterminent la vieillesse, mais aussi le statut social et juridique.

 

De manière économique, non. La vieillesse est un âge aux frontières indécises. Le passage de l'âge mûr à la vieillesse correspond à un moment privilégié de la vie (=> la retraite). Vieux actifs et jeunes retraités.

 

À quel âge est-on vieux? Il n'y a pas d'âge pour la vieillesse.
Il s'agit moins d'un état déterminé par un âge qu'une représentation sociale. Celle-ci est extrêmement déterminée dans sa relation sociale, psychologique.

 

Nous étudierons la vieillesse selon deux angles: psychologique et existentiel d'une part (La vieillesse comme image de soi), sociologique de l'autre (La construction sociale de la vieillesse).

I) La vieillesse comme image de soi

« Vieillir » et « être vieux ».
Représentation: ce que l'on forme et ce que l'on représente. Il faut assumer d'être vieux. Qu'est-ce que vieillir?

On est vieux d'abord dans et par le regard des autres; essentiellement, nous apprenons des autres que nous vieillissons. Avant d'avoir entendu « je vieillis », j'ai entendu « tu vieillis ».

Simone DE BEAUVOIR

Tu n'es plus dans le coup, papa!

Sheila

Vieillir, c'est l'autre qui le dit (médiation par l'autre). La vieillesse, sorte d'exclusion. Vieillesse, dépendance, silence.


Gérard DE GOUÈS, psychanalyste, appelle « travail de vieillir » ce que FREUD appelle « le travail du deuil ». Le deuil est un processus psychique par lequel l'individu s'approprie la mort d'un autre et s'en libère (parallélisme avec la vieillesse).

 

Être vieux, c'est s'approprier le travail de vieillir. Une fois ce travail fait, nous assumons notre vieillesse. Image psycho-affective dans l'élaboration d'une image de soi. Vieillir, c'est démolir une image de soi jeune et construire une nouvelle image de soi.
Ce phénomène a lieu lors d'un évènement traumatique: l'entrée à la retraite, une maladie, notre mort ressentie...

Le retour du passé sur le mode du « revivre » et non du souvenir.
L'apaisement des conflits passés que le temps avait produits est bouleversé par un évènement (côté régressif).

 

Le deuxième moment du travail du deuil est la perte de l'image de soi. Perte de la puissance ou de la séduction sexuelles: profonds réaménagements psychiques. Refus de cette perte chez les personnes vieillissantes. La perte de soi implique l’acceptation de la mort à venir. Cet abandon est la préparation à une reconstruction de soi, une fois après avoir approprié son vieillir.

 

Se rejouent les passages des épreuves de la construction de soi:

  • rapport au temps: suspension du temps (caractéristique de ce rapport), cf. « Le temps retrouvé », de PROUST. Serge CLÉMENT, sociologue, analyse sous la notion de « déprise », la baisse des activités, des implications sociales, par une sorte de rupture ou d'abandon sur la prise de l'existence, de la persévérance à être soi qui caractérise la continuité temporelle de notre existence, à maintenir notre identité à travers le désordre de notre vie.

  • Rapport à la mort: la vieillesse est le dernier âge. Sénèque, Cicéron. La vieillesse est un thème ancien. Il faut assumer la proximité de la mort. Analyse psycho-sociologique. Plus de 60% des décès ont lieu après soixante-dix ans. La mort n'est plus présente à chaque instant de la vie; elle est rejetée dans la vieillesse. La mort est comme exclue du sort de l'existence, tout comme la vieillesse. La médicalisation de la mort entraîne une médicalisation de la vieillesse. Dans l'image que la personne âgée se fait d'elle-même, elle voit la mort proche et n'y a pas été préparée. Dimension extrêmement difficile à assumer.

  • Rapport à la solitude: retraite, retrait, véhiculant une vision augustinienne (cf. Saint Augustin) de la vieillesse, en opposé à une vision cicéronienne qui, elle, accepte la mort et y a été préparée. Vieillesse: moment où l'individu se retrait de sa vie et en fait le bilan (vision augustinienne). Le mot dit a une portée significative plus forte que celle que nous lui donnons.

  • Rapport au corps: la vieillesse n'est pas un état du corps, n'est pas un état psycho-physiologique. Elle est un rapport au corps. Il y a certes un rapport physiologique de la vieillesse. La ménopause, chez la femme, est un changement brutal, une entrée à la vieillesse mal vécue, le plus souvent, bien que purement symbolique. L'impuissance physique caractérise la vieillesse (le corps résiste à la volonté et à la puissance): faiblesse du corps, souffrance qui se fait présente d'une façon très forte.

 

Le vieillir est un travail d'appropriation sous le regard des autres, à travers des épreuves psycho-sociologiques. À travers elles, la vieillesse est pour chacun le processus de maintien et de réaménagement d'une identité personnelle, de la cohésion d'une vie.
Dans cette difficulté d'être vieux, l'individu n'est jamais livré à lui-même sans que n'intervienne le lien intergénérationnel. La dimension fondamentale de la vieillesse est l'accompagnement réel (avec les générations suivantes) et fantasmé (avec les générations précédentes).

II) La construction sociale de la vieillesse

Les personnes âgées trouvent un rôle social, une identité sociale. Les vieux n'ont une place sociale que lorsque la vieillesse en caractérise une.

 

Catégories de la vieillesse: identifiée socialement (seniors, troisième âge, personne âgée dépendante), évolutions sociales de la vieillesse qui présagent l'émergence d'une jeunesse consommatrice, d'une nouvelle classe sociale consommatrice.

 

Société fondamentale: nous sommes ce que nous faisons. Celui qui prend une retraite est retiré de gré ou de force de la société. Alternative: la consommation. Occuper une autre place dans la société.
«
Personne âgée dépendante » s'est substituée, à partir des années 1980, aux « Personnes invalides et handicapées ». Dépendance => perte d'autonomie => déficience.

 

Christian LALIVE définit l'autonomie comme

la capacité d'un individu à assurer ses activités quotidiennes

Christian LALIVE

(préparer ses repas, monter les escaliers seul, etc.).

 

Fragilité => dépendance.

 

Détermination de l'âge à partir duquel une société répertorie une personne comme étant vieille.

 

Patrice BOURDELAIS: en 1980 (ou 1990).

Entre 1825 et 1985, l'âge de départ à la retraite a reculé de treize ans. Il n'y a pourtant pas plus de vieux.
Si l'on fixe un âge et que beaucoup de personnes atteignent cet âge, alors oui, il y a plus de vieux. Mais elles sont vieilles plus tard et non pas plus longtemps.

Le statut fonctionnel détermine la vieillesse (l'âge de cette vieillesse, notamment).

Il y a des vieillesses et non une seule.

 

Intéressons-nous à son institutionnalisation.
Marti KOHLI, Américain, dit que ce qui caractérise les sociétés modernes est l'institutionnalisation de la vie depuis le milieu du XIX
ème siècle.
L'intégration sociale des individus passe par la normalisation des représentations des moments de la vie.

 

La famille est une institution archaïque.
La normalisation institutionnelle conduit à la normalisation individuelle.

 

L'individualisme des sociétés modernes nous fait appartenir à une école, une entreprise ou autre. L'individu est entièrement articulé par les institutions officielles aux dépens de la famille (institution traditionnelle). L'extrême individualisme montre l'importance des institutions.

 

La retraite joue à l'organisation du moment de l'exclusion du travail, la reconnaissance du travail et la solidarité intergénérationnelle. Intégration des citoyens jusqu'au terme de leur vie.

 

À cette institutionnalisation, on peut objecter qu'il y a une désinstitutionnalisation à laquelle contribuent l'allongement du cours de la vie et la concurrence intergénérationnelle pour le travail.

 

Ces deux aspects ont pour effet de faire de la vieillesse, non plus simplement le troisième moment d'un cours de la vie institutionnalisé mais à en faire le moment de l'abandon par les institutions; le grand âge redevient le moment qui échappe à l'institution et en est une charge. La vieillesse devient un poids, une charge et qui devient un corps étranger dont les sociétés ne peuvent se défaire.

 

Ces représentations de la vieillesse connaissent une difficulté pour la déterminer, l'identifier.
La vieillesse est la coïncidence entre une identité donnée et une image que l'on s'approprie, que l'on construit.

 

Patrice BOURDELAIS:

L'âge de vieillir est un âge évolutif qui tient compte de l'espérance de vie en déterminant cet âge par la moyenne d'un indicateur: s'il lui reste dix ans à vivre ou la probabilité si, dans cinq ans, il est âgé de 60-65 ans.

Patrice BOURDELAIS

en 1980 (ou 1990).

Entre 1825 et 1985, l'âge de départ à la retraite a reculé de treize ans. Il n'y a pourtant pas plus de vieux.
Si l'on fixe un âge et que beaucoup de personnes atteignent cet âge, alors oui, il y a plus de vieux. Mais elles sont vieilles plus tard et non pas plus longtemps.

Le statut fonctionnel détermine la vieillesse (l'âge de cette vieillesse, notamment).

Il y a des vieillesses et non une seule.

 

Intéressons-nous à son institutionnalisation.
Marti KOHLI, Américain, dit que ce qui caractérise les sociétés modernes est l'institutionnalisation de la vie depuis le milieu du XIX
ème siècle.
L'intégration sociale des individus passe par la normalisation des représentations des moments de la vie.

 

La famille est une institution archaïque.
La normalisation institutionnelle conduit à la normalisation individuelle.

 

L'individualisme des sociétés modernes nous fait appartenir à une école, une entreprise ou autre. L'individu est entièrement articulé par les institutions officielles aux dépens de la famille (institution traditionnelle). L'extrême individualisme montre l'importance des institutions.

 

La retraite joue à l'organisation du moment de l'exclusion du travail, la reconnaissance du travail et la solidarité intergénérationnelle. Intégration des citoyens jusqu'au terme de leur vie.

 

À cette institutionnalisation, on peut objecter qu'il y a une désinstitutionnalisation à laquelle contribuent l'allongement du cours de la vie et la concurrence intergénérationnelle pour le travail.

 

Ces deux aspects ont pour effet de faire de la vieillesse, non plus simplement le troisième moment d'un cours de la vie institutionnalisé mais à en faire le moment de l'abandon par les institutions; le grand âge redevient le moment qui échappe à l'institution et en est une charge. La vieillesse devient un poids, une charge et qui devient un corps étranger dont les sociétés ne peuvent se défaire.

 

Ces représentations de la vieillesse connaissent une difficulté pour la déterminer, l'identifier.
La vieillesse est la coïncidence entre une identité donnée et une image que l'on s'approprie, que l'on construit.

 

Paul RICŒUR:

coïncidence entre une assignation identificatrice (« tu es vieux ») et une représentation identitaire (« je suis vieux »)

Paul RICŒUR

ÉCRITURES DE LA VIEILLESSE AU XXème SIÈCLE
27/04/2010

Nombreuses études de la représentation de la vieillesse.
«
La cérémonie des adieux », de Simone DE BEAUVOIR.

 

Écrire la vieillesse, écrire le vieillir? (le temps qui passe)
Un état? Un processus? (son terme?)
À quoi s'oppose la vieillesse?
Fin de la vieillesse? Mort? Redevenir jeune? Départ? Seconde jeunesse? Seconde vie?

 

FAUST => revivre la jeunesse. Mythe de la seconde vie.

 

Après Troie, Rome; après l'Europe, les États-Unis => redevenir.
L'Europe => «
vieux continent ».

 

Définition compliquée de la vieillesse.
Écriture littéraire de la vieillesse: la vieillesse n'est pas le vieillir.
Vision déclinée par rapport aux textes qui en parlent. Vision catastrophique de la vieillesse. Recensement des maux du vieillissement dans les journaux d'écrivain (André GIDE et son «
Journal »; celui de Julien GREEN), représentation sombre de la vieillesse.


André GIDE:

Je vois moins bien et mes yeux se fatiguent plus vite. J'entends moins bien [...]. Je me dis qu'il n'est pas mal [...] trop de mal à quitter.

André GIDE (28 juin 1937)

Cette crainte que ma mémoire vienne à faillir me pousse à l'entretenir sans relâche.

André GIDE (6 février 1944)

Dialectique.

 

Le vieillard; quelqu'un qui se replie sur lui-même.

 

N'y a-t-il pas quelque chose de bien à vieillir?
Tenir un journal implique une conscience de soi, une droiture.
L'écriture diariste se concentre sur une sorte d'effort pour qu'un sens puisse se construire. Journal intime, référence à l'âge. «
Refus du laisser-aller ».

 

Double visage de la vieillesse (gain et perte; sérénité et angoisse; sagesse et décrépitude; victoire et défaite). Leitmotiv de l'écriture.

 

Jean COCTEAU:

Le pire, avec la vieillesse, c'est qu'on reste jeune.

Jean COCTEAU

Il y a une sorte de duplicité de la vieillesse.

 

Alexandre DUMAS:

Il est dur de vieillir mais on n'a pas trouvé d'autre moyen de vivre longtemps.

Alexandre DUMAS

Marguerite YOURCENAR:

L'ennui, c'est que personne ne s'y intéresse avant de l'avoir atteinte. C'est une terre étrangère, dont la jeunesse et même l'âge adulte n'en comprennent pas le langage.

Marguerite YOURCENAR

Réflexion moraliste des écrivains modernes.
DE LA ROCHEFOUCAULD:

Peu de gens savent être vieux.

DE LA ROCHEFOUCAULD

Les défauts de l'esprit augmentent en vieillissant comme ceux du visage.

DE LA ROCHEFOUCAULD

En vieillissant, on devient plus fou et plus sage.

DE LA ROCHEFOUCAULD

Les vieux fous sont plus fous que les jeunes.

DE LA ROCHEFOUCAULD

Albert CAMUS:

Vieillir, c'est passer de la passion à la compassion.

Albert CAMUS (6 février 1949, « Carnets »)

Fonds moralistes. Écriture romanesque de la vieillesse.
Romans du temps, parmi lesquels «
Le temps retrouvé » (scène finale: bal de têtes). Le vieillissement provoque des changements d'identité.


PROUST: jeunesse spectaculaire. Bal costumé, extraordinaire. Transformation complète.
La vieillesse défigure. Érosion du visage (métaphore du rocher dans la tempête).
Le temps donne l'identité à l'individu.


Le spectacle des vieux entraîne PROUST à devenir écrivain. La vieillesse incite à l'écriture. Saisir la vie, saisir le temps. Le vieillissement met le héros à l'œuvre.
Tous les écrivains du XX
ème siècle sont « passés » par PROUST.

Les visages humains ne semblent pas changer au moment où on les regarde parce que la révolution qu'ils accomplissent est trop lente pour que nous l'apercevions.

Marcel PROUST

Marguerite YOURCENAR est la première femme admise à l'Académie française (« Labyrinthe du monde »).

Je n'en suis pas moins arrivé à l'âge où la vie, pour chaque homme, est une défaite acceptée.

« Mémoires d'Hadrien » (Marguerite YOURCENAR)

Réflexion moraliste sur le vieillissement. Vieillesse, acceptation de la défaite. Retour à une sagesse antique (qui influence l'autrice).
Les écrivain-e-s ouvrent l'horizon.
Le roman de Marguerite YOURCENAR finit sur la mort de l'empereur.
Vision bouddhiste, la vie englobant naissance et mort. Cette dernière ne s'oppose pas à la vie, mais à la naissance.
Il y a symétrie entre l'enfance et la vieillesse («
tranquille candeur... sorti »).
L'âge adulte est un masque.
YOURCENAR est aussi inspirée que PROUST par la vieillesse. Cette dernière «
n'existe » pas. Elle n'aime pas Simone DE BEAUVOIR.

 

Biographie de Jean-Paul SARTRE, « Les Mots ». Texte autobiographique et texte sur la vieillesse. Le philosophe paye, de ses dix dernières années, ses excès (boisson et fumette). D'après Simone DE BEAUVOIR, SARTRE était à la fois présent et absent: « J'admirais cette sérénité reconquise », « En vérité, quelle sérénité [...]? ».


Jean-Paul SARTRE:

Je ne sais pas si vous embrassez un morceau de thon ou un être vivant.

Jean-Paul SARTRE

Je ne fais que de la figuration.

Jean-Paul SARTRE

SARTRE était presque cathare (il se moquait de son corps). L'affaiblissement du corps de SARTRE est à mettre en parallèle avec l'amélioration de son esprit (dialectique).

 

André BENHAÏM:

La littérature commence avec la ride.

André BENHAÏM

Bibliographie indicative

Bibliographie indicative

Jean LEFÈVRE D'ORMESSON - La vieillesse, un « naufrage »?

Jean LEFÈVRE D'ORMESSON - La vieillesse, un « naufrage »?

Sa page sur le site du
Laboratoire Babel
de l'Université de Toulon:

Conférences de Monsieur Alain-André MORELLO sur le thème de la vieillesse, lycée Jean Aicard, classe préparatoire « Sciences Po »

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