« À l'endroit des femmes d'Amiens et de quelques autres » - Le Courrier picard n°24562, lundi 12 octobre 2020

Publié le par Thomas ROGER DEVISMES

Mesdames, Messieurs,

Bonjour! :)

Courrier des lecteurs, page 10...

« À l'endroit des femmes d'Amiens et de quelques autres » - Le Courrier picard n°24562, en date du lundi 12 octobre 2020

« À l'endroit des femmes d'Amiens et de quelques autres » - Le Courrier picard n°24562, en date du lundi 12 octobre 2020

Texte initial:

« TRIBUNE À L'ENDROIT DES FEMMES D'AMIENS ET DE QUELQUES AUTRES

Étudiant la littérature en la ville d'adoption de Jules Verne, je veux témoigner ici d'un profond malaise. Socialiste et féministe, admirateur des femmes (les croyants ajouteront « devant l'Éternel »), je me vois malmené, assimilé à ce que je ne suis pas.

Non, Mesdames, tous les hommes ne sont pas des salauds. Non, Mesdames, tous les hommes ne sont pas des violeurs. Ne vous sentez pas obligées de presser le pas, dès lors qu'un homme marche sur le même trottoir. Ne soyez pas pétrifiées, dès lors qu'un homme, pressé, vous double. Surtout si celui-ci, égaré, n'a qu'une hâte: retrouver enfin sa voiture.

Non, Mesdames, tous les hommes ne sont pas des salauds. Non, Mesdames, tous les hommes ne sont pas des violeurs. Ne croyez pas les prêcheuses de haine, celles qui instillent en vous de bien tristes choses. Les femmes libres, dans un pays du monde libre, n'ont rien à craindre de la plupart des hommes.

Non, Mesdames, tous les hommes ne sont pas des salauds. Non, Mesdames, tous les hommes ne sont pas des violeurs. Vous n'êtes pas les victimes d'un film de série B et nous les hommes ne sommes point vos bourreaux.

Notre société perd ses repères, alimentée par une idéologie du chaos, fruit d'un mélange des sciences humaines françaises ayant germé outre-atlantique. La « jeunesse » (dont il faudrait définir l'âge butoir, au-delà duquel tout semble s'accélérer) est mue en rivale de la « vieillesse », chaque génération devant « tuer » la précédente. Il est de bon ton de tirer à vue sur les pauvres, sur les « riches » (peu admettent en être), sur les hommes, sur les chasseurs, sur les automobilistes... sur l'autre. Et quand cet autre est caricaturé en « vieux blanc de plus de cinquante ans, hétérosexuel, chrétien, occidentalo-centré », il n'a plus droit à aucune défense. Et si un homme, féministe, athée, prend justement sa défense, il devient lui aussi l'incarnation du Malin. Et si une femme, féministe ou non, se joint à eux, elle fait alors « le jeu de la domination patriarcale ». Toutes ces personnes n'auront plus droit à rien car, pour un mot ou un acte jugé malencontreux, elles devront s'effacer.

À la lecture de Marianne, Le Figaro, L'Express (n°3613), Charlie Hebdo, je constate amèrement la disparition de tout ce qui fait la France: la liberté, l'égalité, la fraternité (et son extension, l'adelphité), la laïcité, la courtoisie, la grivoiserie. Bien sûr, je n'idéalise pas le passé. Ma mélancolie n'est pas encore nostalgie. Mais la frontière, floue, s'estompe au fil des ans.

Cette tribune, dans un océan d'autres, ne changera sans doute rien (et « rien », diront les linguistes, c'est déjà quelque « chose »). Tout au plus, elle aidera d'autres personnes, que je sais majoritaires, dans les laboratoires de recherche, la presse, les villes et villages de France, à oser dire non.

Les larmes qui embuent mes yeux ne sont pas celles d'une colère vengeresse nourrie par quelque anathème, mais celles d'une tristesse amère à l'idée du monde qui vient. »

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